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    Écrits publiques de Vaaren

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    Romulus

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    Écrits publiques de Vaaren

    Message par Romulus le Dim 3 Sep - 12:11

    « Il est mort en héros. »


    Je suis arrivé à Port Avizio depuis peu, mais j’ai déjà eu l’occasion d’explorer les environs de manière à me familiariser avec la faune et la flore locale. Au gré de mes pérégrinations j’ai fait la découverte d’une grotte que d’autres connaissent probablement. Située au sud, sur la partie de littoral que les habitants de la région nomment « La côte dévastée ». Cette grotte n’est plus naturelle depuis longtemps, une race primitive appelée Kua-Toa a élu domicile dans les lieux depuis des siècles probablement. Mais je n’écris pas ces lignes pour décrire le lieu et ses habitants en question, mais plutôt pour rendre hommage à la mémoire d’un homme qui n’en est plus un, un homme qui ne voulait que sauver ses compagnons et qui maintenant, ne pourra lui-même plus jamais être sauvé.

    En pénétrant dans la grotte, j’ai remarqué des pages trainant au fur et à mesure que je progressais, je profite de ce manifeste pour en apporter la retranscription ainsi que mes observations et ressentiments quant à leur contenu. Et ainsi rendre un dernier hommage à un homme dont le nom s’est perdu dans les flots capricieux du destin.

    Première note :

    « L’acrobate ne s’est pas seulement échouée, elle s’est retrouvée, je ne sais comment, dans une étrange caverne. Elle paraît artificielle, j’ai notamment repéré des fontaines et des murs lorsque j’ai enfin osé regarder par-dessus le bastingage du navire.

    Il n’y a pas un bruit.
    Mais il n’y a pas non plus de traces de mes compagnons.

    Si je ne reviens pas, dites à Palastu que je suis mort en héros. »


    Malheureusement, notre héros n’écrit pas son nom et tout aussi malheureusement, je ne sais pas qui est ce Palastu à qui il faudrait transmettre cet écrit. Quoi qu’il en soit, il est vrai que la première salle possède une ambiance pesante, seul les bruits de quelques gouttes d’eau se font entendre, tombant du plafond sur différentes surfaces rocheuses. Ses observations sont bonnes, cette grotte était peut-être à l’origine naturelle, mais ses habitants ont depuis longtemps travaillé les reliefs pour en faire un édifice à leur image. Quant à la question de comment ce navire a pu entrer dans une grotte, le mystère demeure et je soupçonne une implication « divine » à cet événement, je reviendrais sur ce point plus loin dans mon récit.

    Seconde note :

    « J’ai retrouvé Arturo
    Ils l’ont mangé
    Bon sang »


    Des frissons parcoururent mon corps à la lecture de ces quelques mots et pourtant j’étais encore loin de réaliser le véritable effroi du drame qui se jouait au fil de ces pages. Notre héros venait de réaliser que les créatures qui vivent ici sont anthropophages et que ses camarades en avaient fait les frais… Si seulement ce pauvre bougre avait fait demi-tour pour aller chercher du renfort, les événements qui s’apprêtent à suivre ne se seraient jamais passé.

    Troisième note :

    « J’ai pu avancer jusqu’ici. Je n’ai pas été repéré, mais seulement parce que j’ai su comment me camoufler.

    Je ne sais pas où je suis arrivé, ni même que sont réellement ces créatures.

    Mais le corps de Raul flotte encore dans l’eau. J’espère que c’est elles qui l’ont tué. Y aurait-il quelque chose de pire ici ? »


    La réponse à sa dernière question est à la fois spéculative et concrète même si pour la part de certitude, cette réponse ne lui aurait certainement pas plu. Je ne peux qu’admirer la témérité de cet homme, ou son inconscience ? La frontière entre ces deux adjectifs est plus que fragile et je ne suis guère en mesure de juger le héros de l’histoire, il a fait ce que son instinct lui dictait, voilà tout.

    Quatrième note :

    « Plus j’avance dans ces cavernes, plus je réalise qu’il y a quelque chose de mauvais ici.

    Les créatures me paraissent innombrables, et j’entends d’ici des hurlements à glacer le sang qui résonnent, plus loin, sans que je ne sache réellement.

    Une pensée, terrifiante, m’étreint : et si mes compagnons étaient encore vivants ? »


    La lecture de ces notes aurait dû représenter un délicat interlude entre deux combats acharnés contre ces créatures dont il ignorait le nom mais qui sont appelées Kuo-Toa. Un délicat interlude, un temps de repos… Il n’en était rien, chaque nouvelle lecture ne faisait que faire monter l’effroi en moi, je commençais à m’imprégner de l’histoire de ce héros et, bien que je savais pertinemment qu’il n’y avait plus de cris depuis longtemps, mon esprit commençait à me les faire entendre, sinistres, fantomatique, oubliés…

    Cinquième note :

    « Ils le sont, mais à peine.

    Ont-ils compté combien ils étaient ? J’ai cru d’ici avoir entendu mon nom résonner dans les cavernes, déformé par l’écho. M’ont-ils appelé ? Est-ce seulement mon esprit qui délire, alors que la faim me tenaille ?

    Je me cache encore des créatures, même si mon déguisement parvient à les tromper.
    Elles ne doivent pas me trouver.
    Je veux vivre. »


    Comme je partage ce désir de survie de sa part, son périple a probablement été long, ce n’était qu’un simple marin au milieu d’une zone hostile. Là où je n’avais mis que quelques heures à progresser grâce aux incommensurables pouvoirs que me confère Arak, le héros anonyme avait dû prendre plus d’une journée, voire deux. Sa progression était hasardeuse, emprunte d’effroi et se caractérisée par un jeu de cache-cache et de camouflage avec des monstres sortis tout droit d’un cauchemar difforme. A la lecture de cette note, mon ventre se retournait, et si moi aussi je venais à vivre une telle situation ?

    Sixième note :

    « Je n’ai plus le choix. J’ai aperçu quelques regards torves des créatures dans ma direction.

    Elles ‘ont vu. Elles savent que je suis là. Je crois qu’elles m’observent, qu’elles attendent de voir ce que je vais faire. Me prennent-elles pour un des leurs, pour un intrus ? »


    Le tournant que prend l’histoire fait monter en moi l’attente, l’anticipation. Je suis encore plus pris par ces lectures que par les combats à mort que je mène à chaque tournant de cette sordide et humide caverne. Pourquoi les monstres lui permettent d’avancer alors qu’ils se montrent si territoriaux et agressifs et … emprunts à vouloir me dévorer. De plus, comment ses camarades auraient-ils pu l’appeler de si loin ? Et pourquoi auraient-ils crié son nom spécifiquement. Beaucoup d’interrogations, pour le moment peu de réponses et le pire dans tout ça c’est que j’ai la curieuse sensation que le dénouement de cette histoire arrive autant que celui de mon exploration. A-t ’il survécu ? Vais-je survivre ? Surtout quand je viens à découvrir la septième note couverte de sang, totalement illisible.

    Le combat final approche, j’entends l’eau, un grand bassin et surtout des incantations rituelles. J’ai l’impression d’arriver près d’une salle de prière, dans sa version la plus sinistre et glauque.

    Huitième note :

    « Voici la couveuse. Ici naissent tous ceux qui quitteront ces lieux pour attaquer et détruire les surfaciens.

    Comment ai-je pu être aussi stupide ? Ce n’étaient pas mes compagnons qui chantaient mon nom, c’était la déesse de ces créatures. Elle m’appelait, elle m’avait sauvé pour les guider.

    Je ne suis plus Lupe, comme les surfaciens osaient m’appelaient. Mon nom est désormais celui qu’ils entendront lorsqu’ils le prononceront, la tête sous l’eau, et se noieront !

    Lä, lä, Blglourgb fhtagn ! »


    Cette créature que je viens d’affronter, emprunte d’une force divine. Son nom résonne encore dans ma tête au gré des incantations de ces maudits Kuo-Toa : « Blglourgb ». Notre héros, ou devrais-je dire Lupe était devenu, cette chose-là ? Tout le plan d’ensemble prenait forme dans mon esprit. Ce pauvre homme depuis le début était destiné à devenir l’incarnation maléfique d’une sombre entité divine. Peut-être était-ce cette même divinité qui avait fait rentrer l’Acrobate dans la grotte. Je suis encore en vie, mais lui aussi, bien qu’occis il reviendra, ramené par les sombres desseins de la « Noyeuse » comme j’ai décidé de la nommer.

    Cette histoire prend fin par ces mots, en espérant qu’en dépit de sa fin atroce et perpétuelle, ce Lupe soit vu comme un héros maudit, condamné à un sommeil sans fin et non uniquement comme un monstre. J’ai laissé ses notes sur les terres des Kuo-Toa pour que vous aussi vous puissiez voir ce prenant témoignage. Mais prenez garde, car le sombre dormeur veille sur le grand bassin.

    « Ph’nglui mglw’nafh Blibdoolpoolp R’lyeh wgah’nagl fhtagn »

    Vaaren de Qudra

      La date/heure actuelle est Ven 24 Nov - 17:51